Moi le farang, ce privilégié.

Moi le farang, ce privilégié.

16 juillet, la nuit est tombée depuis bien longtemps, aujourd’hui elle est lumineuse. La lune est à son apogée jouant parfois à cache cache derrière des nuages diaphanes.

Pas loin de la maison, j’ai mon petit coin secret. Le promontoire est à peine perceptible mais offre une vue circulaire assez importante sur la nature qui m’entoure. Qui m’écrase devrais-je dire. Non pas qu’elle m’oppresse, loin de là. Non elle m’écrase de sa superbe, de sa quiétude, de sa générosité.

J’aime traîner dans ce lieu, pour me ressourcer, pour humer, pour écouter. Le vent se lève, un peu de fraîcheur bienvenue mais ce n’est pas un vent de pluie, malheureusement. D’ailleurs les bourrasques disparaissent très vite et bientôt on n’entend plus le bruit spécifique des troncs de bambous qui s’entrechoquent.  Avec le temps l’oreille s’est habituée à reconnaître ou à deviner les bruits de la nuit, cette nuit qui est bruissement, qui se fait mélodie, qui vous berce et vous rassure. Mais qu’ils me manquent ces bruissements nocturnes quand je retourne visiter ma famille au plat pays, là où le silence pesant des nuits d’encre semble bourdonner et résonner dans vos oreilles.

Oui souvent j’aime à me poser sur mon petit promontoire, à savourer chaque instant qui passe et à me dire que oui, je suis un privilégié.

Mais ne croyez pas que ce statut de privilégié se limite à des moments de contemplation nocturne et de réflexions sur un petit promontoire. Non, loin de là. Il y a par exemple mon lieu de vie ou plutôt la région que j’ai choisi d’habiter. Totalement méconnue et rejetée des expatriés et des touristes il y a encore peu, j’habite dans une vaste région préservée que l’on nomme Issan. Ho c’est facile à trouver, sur la carte siamoise, c’est en haut à droite. Non, ne cherchez un petit village perdu je ne sais où, l’issan est une vaste région qui fait près d’un tiers du pays. C’est pas difficile, l’issan regroupe carrément vingt des provinces de la Thaïlande et est bordée par le majestueux Mékong qui semble lui dessiner une chevelure tout du long.

Comme je le disais juste avant, cette région de Thaïlande a été longtemps boudée, seuls quelques rares farangs avaient choisi cette destination et ils n’en parlaient guère sur les réseaux sociaux, un peu comme s’ils voulaient préserver un trésor que l’on ne veut pas partager. Mais depuis ces deux ou trois dernières années de plus en plus de personnes découvrent ces lieux préservés et tombent sous le charme d’une population plus authentiques, en tout cas assurément moins artificielle que les quelques zones touristiques destinées aux étrangers.

Outre l’hospitalité, le sourire et la gentillesse des gens de l’issan, nombre d’expatriés retrouvent dans ces campagnes des valeurs dans lesquelles ils se retrouvent, des valeurs souvent similaires à ce qu’ils ont connu enfant et qui ont malheureusement totalement disparus de nos jours sous le joug d’une civilisation dite moderne.

Et puis surtout, comment ne pas se sentir privilégié quand on a la chance d’avoir une épouse comme la mienne. Je me sens privilégié mais je sais que je ne suis pas unique. Car oui messieurs dames, contrairement à ce que certains prétendent, nous sommes loin de vivre dans le trou du c.. du monde pour reprendre leur expression favorite. Nous sommes de plus en plus de farangs à vivre en Issan, de plus en plus de privilégiés oserais je dire. Tous nous rigolons quand nous lisons les commentaires des pseudos experts de la toile, tous ces anonymes du vieux continent ancrés dans leur certitudes, leurs aigreur et leur médisance. Alors à tous ces naufragés de la vie je vous souhaite de trouver un jour une épouse comme celles qui partagent nos vies, peut être que vous grandirez un peu alors et balayerez vos oeillères pleines de clichés ridicules et éculés.

C’est marrant car à la base je voulais faire un petit article sur l’autosuffisance alimentaire. Un petit tour sur mon promontoire et voilà que je laisse mes pensées vagabonder sur les traverses numériques. Mais bon, pourquoi pas après tout.

Mais avant de clôturer le défilement de mes pensées, un petit mot quand même sur le privilège de mon activité. Pour être franc je ne savais pas encore ce qui m’attendait quand j’ai décidé de lancer mon idée de woofing. Et là, nul besoin de prendre un peu de recul pour savoir qu’une  fois encore je suis un privilégié. Je n’aurais jamais imaginé que toutes ces rencontres soient aussi enrichissantes, passionnantes, gratifiantes. A chaque fois ce sont des rencontres uniques, avec des personnes, des couples et des familles riches en partages, des gens qui ont des valeurs, de passionnants parcours de vie, des projets très intéressants. Privilège de pouvoir passer du temps avec eux, de dialoguer, d’échanger, d’apprendre. Merci à tous pour ces instants de partage.

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